L'histoire de Cannelle & Christine Mis à jour, 26 août 06
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Pour l'affaire des 400 points, permettez-moi de vous raconter une histoire.

En 1998, ma mère m'a donné $100 pour ma fête. Elle a pensé que ça m'aiderait à arrondir ma fin du mois, mais moi, je les ai pris, les $100, et je suis allée à la SPCA adopter un chien. J'ai choisi un labrador blond de 6 mois et je l'ai appelée Cannelle.

Cannelle se révèle un chien facile et enthousiaste au travail, et nous faisons nos classes d'obéissance. Mais rendues au niveau compétition, il y a un hic. Cannelle, étant un chien SPCA, n'a pas ses papiers et l'obéissance est un sport d'exclusion. Donc, pas de concours pour nous.

On cherche une autre activité, et on découvre l'agilité. Là, pas besoin d'être pure race, on prend tout le monde, même les chiens SPCA sans papier. Cannelle et moi faisons nos classes. Et on aime ça! Mais encore là, il y a un hic. Elle doit sauter 26 pouces mais à cette hauteur-là elle n'est pas capable de faire les spreads – elle se blesse continuellement. Je me résigne à ne pas compétitionner, mais j'avais oublié que l'agilité, c'est un sport d'inclusion. Je découvre qu'il y a une classe « spécial » faite sur mesure pour nous. En agilité, on prend tout le monde, même les chiens SPCA sans papier qui ne sont pas capables de sauter les spreads.

On commence notre carrière de compétition. Une année, un titre novice. On travaille pour notre titre intermédiaire. Et puis, j'entends parler du championnat provincial. Non seulement le provincial, mais le national aussi, qui sera à Montréal cette année- là. Pour aller au national, on a besoin de ramasser 300 points au provincial; difficile pour nous, mais faisable si on travaille fort. C'est donc encore plus décevant pour moi; nous ne sommes pas encore rendues en Master, donc pas de championnat pour nous. Du moins, c'est ça que j'ai pensé. Mais j'avais oublié que l'agilité, c'est un sport d'inclusion. On prend tout le monde aux championnats, même les chiens SPCA sans papier qui ne sont pas capables de sauter les spreads et ne sont pas encore rendus Master.

On annule nos vacances de famille, on saute dans l'auto et on s'en va à Rimouski. On n'est pas l'équipe la plus vite, ni la plus excitante, mais on est fiable et on ne fait pas beaucoup d'erreurs et le dimanche après-midi on se retrouve avec 365 points et un beau ruban rouge.

Et on peut aller au national! J'appelle ma mère en Angleterre et je lui dis, tes $100, ils s'en vont au championnat canadien. Elle est tellement excitée et tellement fière, ce n'est même pas drôle. Cannelle et moi, on pratique toute l'été, on s'entraine, on veut faire notre mieux. Pas d'illusion – je sais que nous ne gagnerons pas, c'est évident, faut pas se faire des idées, après tout le national sera seulement notre 8e concours à vie. Mais on veut bien performer et peut-être battre nos 365 points, on ne sait jamais.

C'est une fin de semaine extraordinaire, même le soleil est au rendez-vous. Pendant deux jours, nous sommes tous les ambassadeurs de notre sport. Cannelle et moi, nous passons quelques heures au kiosque de la SPCA, histoire de montrer au monde que même les chiens SPCA peuvent faire des choses dans la vie. Et non, nous ne gagnons pas, nous finissons dans le milieu de notre group comme je m'y attendais, avec un beau 395 points! Mais savez-vous quoi, contre toute attente mon vieux chien SPCA sans papier qui n'est pas capable de sauter les spreads et n'est pas encore rendue Master s'est classée quatrième dans une des courses, un sauteur imaginez-vous, et a reçu un beau gros ruban noir et blanc pour son trouble.

Aujourd'hui Cannelle a 9 ans et va prendre sa retraite dans les mois qui viennent. En fait, ça fait longtemps qu'on aurait dû s'arrêter, mais il ne faut pas oublier que l'agilité, c'est un sport d'inclusion. Il y a une classe "vétéran" fait sur mesure pour les vieilles comme nous, qui ne sont plus capables de sauter 22 pouces sans se faire mal. Alors Cannelle et moi, nous avons eu deux années de plus pour compétitionner et s'amuser, et qui l'aurait pensé, peut- être même atteindre notre ATChC.

Il nous manque deux points . Je ne sais pas si nous aurons le temps de les ramasser avant d'arrêter. Mais même si nous les aurons pas, ces deux points-là, je vais quand-même pouvoir aller regarder mon beau gros ruban noir et blanc du championnat national et savoir qu'un jour, nous étions là, moi et mon chien SPCA, sur le podium, à côté des grands de notre sport. Et ça, mes amis, n'a pas de prix.Mais ce n'est pas tout. J'ai une fille qui a maintenant presque 5 ans. Un jour, elle me demande c'est quoi, le gros ruban noir et blanc sur le mur, et je lui raconte l'histoire. Elle me dit qu'elle aussi, lorsqu'elle sera grande, elle veut avoir son chien et gagner des gros rubans comme ça. Elle me demande si les enfants peuvent faire ça, et je lui dit, l'agilité, c'est un sport pour tout le monde, même les enfants. Donc, d'ici quelques mois nous allons chercher un autre chien pour tout recommencer, elle et moi ensemble. Ceux et celles d'entre vous qui seront au concours Guides Canins la semaine prochaine la verront dans l'enceinte Master; elle va nous aider à bâtir les parcours en attendant d'avoir son chien à elle. C'est le futur de notre sport, ça.

Il y a sans doute de bonnes raisons pour augmenter le pointage à 400. Mais en faisant ça, on va écraser beaucoup de rêves et exclure beaucoup de monde et éliminer beaucoup de petites histoires comme la mienne, et ça me paraît un peu dommage. Et c'est certainement pas logique pour un sport qui, jusqu'ici, s'est fendu en quatre pour prendre tout le monde, même les chiens SPCA sans papier qui ne sont pas capables de sauter les spreads, ne sont pas encore rendus Master, et qui deviennent trop vieux pour sauter 22 pouces.

Christine